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Dextrarum iunctio

Néandertal couchait ses défunts en position fœtale suggérerant, selon toute vraisemblance, un retour à l’origine...

Depuis toujours, l'homme a ritualisé la mort. Du rite est né l’art funéraire dont on a pu dire qu’il est le berceau de l’art. Depuis la préhistoire, toutes les civilisations ont laissé des traces de croyances en une existence après la mort, chacune avec sa propre perception de l'immortalité, de l'esprit, de la rétribution des âmes et du sens de la vie. Elles se sont attachées à dévoiler, à suggérer — à materialiser parfois — ce qui en nous ne meurt pas. Ce qui en nous vit vraiment. Elles ont vu dans l’existence humaine l’occasion unique d’accéder à cette vie divine qui dépasse infiniment l’humain tout en étant son cœur même. 

Plus que toute autre, la question de la mort semble avoir fait naître des divergences insurmontables entre les religions.

Les religions sont toutes d'accord sur le principe d'une âme immortelle, mais ne s'accordent ni sur son origine, ni sur son passé, ni sur son avenir, ni surtout, ce qui est fondamental, sur les conditions spécifiques de sa vie future. Il parait difficile à première vue d'établir un lien entre les espérances posthumes d'un chrétien, d'un juif, d'un bouddhiste tibétain ou d'un égyptien des temps pharaoniques. Ces difficultés découlent d'une méprise sur la nature des vérités énoncées. Les défauts de concordance sont le fait d'éclairages particuliers et sont plus apparentes que réelles. Si les cultures traditionnelles procèdent chacune d'un génie spécifique, elles ne se distinguent entre-elles qu'illusoirement...

Loin de vouloir trouver une réponse exhaustive et catégorique sur un sujet qui, par définition, dépasse les facultés rationnelles, la connaissance analytique et l'expérience ordinaire nous laissent cependant deviner dans la mort une unité de destin, un processus existentiel possédant une logique propre.

Or, cette recherche d’une importance vitale s’exerce à contre-courant de la plupart des tendances que nous voyons s’affirmer aujourd’hui, non seulement dans les sciences humaines, mais aussi, ce qui est beaucoup plus grave, dans le domaine religieux. Il n'y a guère que dans les groupes d'éveil spirituel qu'on aborde ces questions. Partout ailleurs, elles sont considérées comme secondaires, refoulées à la marge, abandonnées aux mains peu scrupuleuses de spécialistes auto-proclamés capables de tous les dévergondages.

Et pourtant, un telle approche, loin d’être réductrice, ferait état d’un socle commun, faisant apparaître le meilleur de chaque religion, c’est-à-dire son aspect initiatique. Une étude attentive démontrera que les doctrines n'ont jamais été dictées de toutes pièces, ni imposées à la croyance aveugle mais qu'elle sont nées de l'observation et déduites de l'expérience. En réalité, il suffirait de s’attacher à cerner le caractère foncier, la nature constitutive des traditions religieuses, quelles qu’elles soient, leur nucléus, pour découvrir une seule et même vision principielle et totalisante. Pour reprendre une expression bouddhique, les différents dogmes pourraient être qualifiés de moyens habiles qui sont autant de manières relatives de saisir l'absolu transcendant. Il ne s’agit pas de nier leurs différences, mais de les considérer comme une richesse. Débats et divergences entre ceux-ci ne doivent pas être vus comme des clivages, mais comme autant d’hommages scrupuleux faits de points de vue différents à la même vérité ineffable.

Car, s’agissant d’histoire des religions - pour le dire avec les mots du Pr. Pascal Picq, responsable de l'Unité de paléoanthropologie et d'anatomie fonctionnelle au Collège de France - les spécialistes admettent aujourd’hui et s’accordent à relever le déploiement sur des millénaires, depuis le haut-paléolithique au moins, sinon antérieurement, d’une constante cosmogonique, une théologie naturelle, une conciliance entre les traditions.

                       
Mais, n'était-ce pas déja en substance l'intuition du prophète Malachie (〜 Vᵉ s. av. J.-C.) lorsqu'il écrit que le Dieu d'Israël, sous des identités différentes, est glorifié dans le monde entier ? 

« Car depuis le lever du soleil jusqu’à son couchant,  mon nom est grand parmi les Nations, et en tout lieu on brûle de l’encens en l’honneur de mon nom et l’on présente des offrandes pures ; car grand est mon nom parmi les Nations, dit l’Éternel des armées » (Mal 11). Ces paroles reviennent à affirmer que toutes les formes d'adoration, y compris les plus élémentaires, conduisent finalement au service du même Dieu.

Ce qui entretient l'antagonisme entre les religions, c'est l'idée qu'elles ont chacune leur bien particulier. Quand elles seront convaincues qu'il n'y a qu'un seul principe divin dans l'univers et qu'en définitive, c'est le même qu'elles adorent sous les noms de Jehovah, Allah ou Deus, elles comprendront qu'un être unique ne peut avoir qu'une seule volonté et elles auront fait un grand pas vers l'unité. 

Alors ? Au lieu de nous en tenir à l’enseignement de telle ou telle religion, ne serait-il pas plus judicieux de remonter jusqu’à la source de toutes les traditions ?
                                                                                                                                                                                                                                                   >> Suivant >>