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Aquatilia II - Le Poisson englouti

Mosaics from Pompéi. Museo Archeologico di Napoli–  Le royaume des cieux est encore semblable à un filet lancé dans la mer qui ramasse toute espèce de poissons. Lorsqu'il est rempli, on le tire sur le rivage, on s'assied et on récolte dans des vases ce qu'il y a de bon, mais ce qui est mauvais on le rejette. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges arriveront et ils sépareront les mauvais d'avec les justes et les jetteront dans la fournaise. Là seront les sanglots et les grincements de dents.
Évangile selon Matthieu 13:47-51

Les grands fonds sont l’espace le plus inaccessible pour l’homme. Ne pouvant y respirer, ses incursions sont de courte durée. La mer pour l’homme d’autrefois, c’est l’espace intersidéral d’aujourd’hui, peuplé de monstres et d'incroyables chimères...

Pour les Anciens, le symbole de l’eau abyssale se caractérise par sa dimension négative. Dans les religions du Livre, et antérieurement, on retrouve cette vision dépréciative : Dieu « plane au-dessus des Eaux » qu’il refoule dans de profonds réservoirs afin de créer la terre.

Eau ignée ou feu liquide, imprévisible au navigateur et désespérément impropre à la consommation, la mer est l'habitat des forces mauvaises. Symboliquement parlant, le poisson est inconstant, avide et trompeur. Il vit dans les ténèbres inférieures, sous la surface de l'eau, loin de la lumière divine.

Dans la Bible, l'espérance eschatologique (la fin de tous les maux) est signifiée par le coup d'épée de Yahvé qui tuera enfin Léviathan, le monstre tapi dans la mer. « En ce jour, l'Eternel frappera de sa dure, grande et forte épée Le Léviathan, serpent fuyard, Le Léviathan, serpent tortueux ; Et il tuera le monstre qui est dans la mer ». (Is XXVII,1)

esdrasWEBComme dans les films où le méchant vit dans une base secrète entourée de requins, les royaumes qui incarnent l'impiété sont les peuples qui montent de la mer. Dans sa Sixième vision, le prophète Esdras nous brosse un tableau digne d’Hollywood : « Voici qu'un vent violent s'élevait de la mer et agitait tous ses flots. Je regardai et voici que ce vent fit monter du sein de la mer un être qui était comme un homme. Je regardai et voici que cet homme volait avec les nuées du ciel et là où il tournait son visage pour regarder, tout ce qui tombait sous son regard tremblait. Et partout où parvenait la voix qui sortait de sa bouche, tous ceux qui entendaient sa voix fondaient comme fond la cire sous l'effet du feu. »

En deux mots, ce qu’il faut comprendre : le poisson est l'image de notre cerveau reptilien, de notre dinosaure intérieur. La brutalité féroce et terrifiante qui vit en chacun de nous et n’attend qu’une occasion pour se manifester. 

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